lundi 15 décembre 2014

Dizzy Bats ¤ The Light and the Dark


Alors qu'on continue de gloser sur la suprématie du format vinyl en omettant d'en préciser les fondamentaux, à savoir qu'elle dépend tant du soin apporté à la production musicale - de l'enregistrement jusqu'au pressage test - que des procédés techniques de fabrication du disque lui-même (qualité des matières premières, réglage ad hoc de chaque machine faisant partie de la chaîne de production, rapport signal/bruit maîtrisé...), nous autres diggers attribuons surtout cette supériorité à la possibilité d'écouter des enregistrements uniques, rares, oubliés, inconnus, disparus. Chacun de ces qualificatifs est assez signifiant, mais ils peuvent à eux tous caractériser le même objet : dans ce cas c'est l'extase assurée.
C'est en Suisse, du côté de Neuchâtel, qu'il faut aller dénicher le mystérieux septet Dizzy Bats, dont l'excellent LP "The Light and the Dark" constitue la seule trace discographique. Petit pays + petite renommée + petit pressage : pas de doute, on est à fond dans le deep. Que demander de plus ?
Sur les huit titres que contient cet album arrivé dans les bacs au début de l'année 1976, sept sont issus du répertoire US jazz du moment, et les références visent assez haut : Gary Burton, Chick Corea, Wayne Henderson, Billy Cobham, Sonny Rollins, Stix Hooper, Weldon Irvine. Du TRES beau monde ! Le choix des morceaux (tous instrumentaux) est des plus inspirés, parole de jazzfunk addict, et pioche dans des albums sortis entre 1970 et 1973, en se référant à la plus ancienne version publiée. Interprétées fidèlement par des musiciens inconnus mais dont la virtuosité technique ne souffre d'aucune contestation, ces glorieuses compositions retrouvent une patine artisanale bienvenue. Non que cela constitue une franche redécouverte, mais le son artisanal du studio Max Lussi de Bâle ajoute en fraîcheur à ces thèmes qu'on reconnaît peut-être plus par le grain typique des productions des majors de l'époque que par le travail d'écriture, pourtant remarquable : "Le Lis" et "Liberated Brother" sont des classiques 70s affirmés et souvent cités, "Leroy the Magician" (qui a inspiré Bernard Lubat et Hervé Roy sur le disque "Vibrations") ou encore "What Game Shall We Play Today" (à l'époque chanté par Flora Purim, la compagne d'Airto Moreira) mériteraient de l'être autant. L'excellent morceau éponyme "The Light and the Dark" se hisse sans peine au même niveau que ces pépites. Il est composé par Philippe Bovet, qui avec François Borel - crédité sur la rare bande originale de "L'Oeil Bleu" - est le seul membre de Dizzy Bats dont on a pu retrouver trace par ailleurs. Cela n'enlève rien aux qualités des autres protagonistes, du saxophoniste au bassiste en passant par le batteur : ils prennent tous au moins un chorus sur l'album et s'en tirent admirablement, dans un esprit proche de l'œuvre jouée mais suffisamment distant pour se l'approprier, le tout sans faiblesse ni sur-étalage technique. En un mot, ce disque est une réussite, et pas seulement dans ce registre jazz groovy qui n'a finalement eu de réelle prise qu'en Allemagne et en Europe Centrale et du Nord - la France et l'Angleterre préférant le free jazz ou le jazz progressif. Quoi qu'il en soit, "The Light and the Dark" est un opus des plus agréables qui mérite de revoir enfin la lumière !

Oh Ye.

mercredi 15 octobre 2014

Ben et sa Tumba ¤ Barclay EP 72.700 (1968)


Ce n'est pas un hasard si l'exotica, succédant au jazz déjà soigneusement laminé par les élites blanches, est devenu le courant musical en vogue au milieu des années 50, comprenez au crépuscule des politiques coloniales ayant soigneusement entretenu la condescendance des métropolitains envers toute culture préalablement soumise, éventuellement considérée au motif de ses velléités émancipatrices plutôt que par sa richesse intrinsèque. L'occidentalisation des musiques d'ailleurs s'est généralement effectuée sous le mode du divertissement, par l'incitation à l'évasion et au voyage ; ce traitement est alors une garantie facile et immédiate de respectabilité et de rentabilité, à l'aube de la production musicale de masse autant que du développement dramatique des transports. C'est aussi l'occasion d'un renouvellement esthétique pour les interprètes de ces musiques, traduit par une explosion de couleurs des décors, des vêtements mais aussi des acteurs humains eux-mêmes, quand le jazz, la variété ou la musique classique demeuraient désespérément sobres. Confinant au burlesque aujourd'hui, à l'heure de la globalisation, le télescopage grossier des cultures perdure encore dans certains lieux immuables tels les cabarets, ou bien renaît sporadiquement le temps d'une mauvaise comédie ou d'un anniversaire hipster (si ce n'est pas la même chose), mais il n'y a plus vraiment lieu de s'indigner, au contraire. Ainsi chez Hanimex nous nous autorisons à pardonner un relatif manque d'authenticité, car nous aimons la légèreté des saveurs exotiques gentiment acidulées, et en général tout ce qui incite à l'épanouissement ensoleillé voire lascif.
Bien que d'origine algérienne, c'est en popularisant les rythmes afro-cubains que le chanteur et percussionniste Ben Bakrim a connu le succès. Il n'est pas imprudent d'affirmer que Ben a largement initié le philistin parigot à la magie des syncopes caribéennes. En témoigne sa discographie pléthorique entamée en 1955, en plein boom exotica : elle comporte près de trente EP sous le nom de Ben et sa Tumba (complété parfois de "son Orchestre"), tous parus chez Barclay en une quinzaine d'années seulement, période au cours de laquelle ce travailleur acharné était aussi directeur de l'orchestre du Lido. Les amateurs de rare groove connaissent surtout Ben pour son ultime - et magistrale - livraison discographique en 1971 sous le nom de Ben & the Platano Group, apogée paroxystique d'un parcours qui aura mis le temps à décoller, notamment faute de concurrence, mais qui mènera rapidement notre homme à l'asile psychiatrique par la case burn-out. Au fil des parutions, Calypso, Boléro, Cha-cha, Mambo, Conga reviennent invariablement au programme, dans un ronronnement à peine troublé par quelques reprises de meilleure tenue, citons par exemple "Watermelon Man" ou "Soul Sauce" au milieu des années 60.
Antépénultième volume de cette prolifique série, le sympathique EP que nous présentons ici est paru fin 1968, et c'est un exemple parfait de joyeux cabotinage musical comme nous aimons en rencontrer, ainsi que le prouve le premier morceau "Cortate los Pelos Antonio", un jerk nerveuxBen tente de convaincre son pote Antonio (à la voix plutôt fluette) de se faire couper les cheveux... Ils parlent dans un espagnol de pacotille et ça amuse bien le franchouillard de base, mais au final ça donne un track efficace au milieu d'un set boogaloo. "Malika" qui complète cette face A est un boléro sans grand intérêt, et "Mazatlan" est un cha-cha mâtiné de guajira, au tempo plutôt lent lui aussi bien qu'assez lyrique. Le dernier morceau "Te Chocolate o Cafe" (no comment) redonne un peu d'allant à l'ensemble, c'est un cha-cha classique où le contrechant du piccolo équilibre la voix, laissant la conclusion à l'orchestration qui, c'est assez rare pour être signalé, ne sent pas trop la naphtaline.
Moins rare, moins frénétique et certainement moins désirable que le dernier EP de Ben paru en 1969, "Jerk's Latino Americano" (bon courage si vous le cherchez), ce disque inédit par ailleurs est tout de même digne de figurer sur votre wishlist.

Easy latin lover stuff: latp://www99.zippyshare.com/v/OzTRYnNV/file.html

Une petite anecdote pour finir : Ben était surnommé 'Zouber' pour éviter la confusion avec son frère Ben Ahmed qui fut joueur puis entraîneur au Football Club des Girondins de Bordeaux.

mardi 1 juillet 2014

Cheating the system


Pour éviter les désillusions causées par les dead links, nous avons décidé de tester un nouvel uploader... sans la moindre prescience d'une éventuelle amélioration du service rendu. Cela étant, on y croit. Vous aussi peut-être ?

samedi 15 mars 2014

Orchestra Cometa ¤ Daydream


Nous continuons de distribuer nos bons points avec ce disque longtemps introuvable sur la blogosphère mais néanmoins magnifique, apte à satisfaire les collectionneurs les plus exigeants n'en doutons pas... Et comme nous nous adressons à tous les publics, donc potentiellement aux novices, nous devons préciser qu'il s'agit du retour de la library dans nos sélections ultra deep, avec pour la première fois dans ce blog un focus sur une production italienne, en l’occurrence celle de musiciens (inconnus) constituant le mystérieux Orchestra Cometa, enregistrant pour le non moins nébuleux label du même nom, qui n'est même pas documenté dans la première édition de la bible de Johnny Trunk "The Music Library" !
C'est d'aillleurs surprenant, car à l'image de Sforzando, qui en France a produit les fameux disques TéléMusic, Cometa est l'un des rares éditeurs indépendants d'illustrations sonores ayant pu maintenir son activité tout en traversant les turpitudes successives du marché de la musique, du marasme créatif des années post-disco au bouleversement de la musique numérique, en passant par la valse des supports et des techniques d'enregistrement. Heureusement qu'Internet et ses réseaux sociaux ont permis la réémergence de cette admirable officine ! Et la vampirisation des originaux préservés par des collectionneurs gloutons à n'en plus finir, par la même occasion, mais ceci est un autre débat.
Bref. Alors donc, qu'est-ce que la library peuvent se demander les derniers arrivés ? Rien moins que de la musique d'illustration produite sur commande et destinée à un usage professionnel (studios, medias...) ; elle se doit d'être rentable sinon de bonne facture avant tout afin de remplir son usage, mais peut s'avérer substantiellement riche en d'autres points (esthétique, technique, mélodique...) et ainsi devenir intéressante, appréciable ou même désirable hors de ce contexte. Âmes sensibles survenir...
Dans ce cas, à quoi reconnaît-on un bon disque de library ? En premier lieu à sa pochette, qui si elle se distingue séduira immédiatement le simple amateur ou le digger averti. Est-ce une image générique uniquement destinée à assister le laborieux rat de studio dans sa recherche de fond sonore ? Ou est-ce plutôt une représentation singulière du potentiel évocateur qu'une illustration musicale peut proposer ? Second choix mon capitaine. Celle de cet album 'Daydream' est l'œuvre de SerGiotto (lequel devait être le designer maison puisque d'autres albums du label sont signés de sa patte), et elle possède de solides atouts : un équilibre chromatique chaleureux renforcé par un fond de couleur vive (bien qu'une rumeur de disquaire prétende que le vert soit la couleur la moins attirante (!) pour un album, le débat est ouvert... lol), une typographie originale, une image puissamment métaphorique (vous voyez la fleur ? les yeux ? combien ? un soleil ? des plumes de paon ? juste une main ? rien du tout ?), et une simplicité dans la composition somme toute remarquablement fonctionnelle. Avec de tels atouts, il ne fait aucun doute que ce disque est du plus haut intérêt, mais il faut avouer que ce vert printemps est quand même sacrément enjôleur et suffit à lui seul à susciter la curiosité.
La séduction opère dès la roborative introduction du premier morceau "Rash", l'une des cinq tueries jazz-funk de cet album atypique dont l'écart-type des genres musicaux est singulièrement large. Ici, clavinet, batterie, saxophone, flûte, guitare et basse sont entièrement au service du groove, et c'est on ne peut plus sérieux ! Arrive ensuite le bien-nommé "Daydream", ballade très lyrique où les instruments (flûte, Rhodes, harmonica, violons) se voient successivement confier la progression de la mélodie, évolutive et non répétitive. Elle fait place à "Simpton", étrange mélopée construite à la flûte sur fond de cordes stridentes et inspirant une captivante tension. Réveil brutal à l'arrivée de "Bike", un groove puissant étonnamment qualifié de "bossa moderata" dans les crédits de pochette, il faut bien réserver quelques surprises à l'illustrateur... On passe rapidement la country cheesy de "Gadder" pour retrouver sur "Ferry-Boat" le même groove sévère entr'entendu précédemment - et la même qualité d'exécution. On voudrait que ça tourne plus longtemps, mais la durée moyenne des morceaux de l'album n'est malheureusement que de deux minutes trente secondes... C'est le cas des très courts "Rêverie", une envolée à la John Klemmer bonne période où le saxophone (soprano) est muni d'un echoplex pour évoquer les doux errements d'un esprit flottant et vagabond, et "Diplomat", un swing tranquille où le soliste, toujours au soprano, a tout loisir d'évoquer "l'étourderie" en musique... Voilà qui clôt une première face au zapping tout à fait éclectique et qui rappelle ce que les Français proposaient à l'époque : les labels Freesound ou Timing par exemple, ou les productions polymorphes de Jean-Claude Pierric. La library latine n'a décidément rien à voir avec les livraisons anglo-saxonnes... En comparaison, la face B est un peu moins tranchante, avec seulement deux morceaux jazz-funk énergiques ("Canty" et l'incroyable "Obstinacy" où le clavinet est doublé de basses jouées au Moog), un peu plus de cheese ("Swallow", "Happy Fire" et "Old Scotch"), le délicat "Glamour" où la virevoltante flûte ose de ponctuels riffs groovy sur un classieux parterre de violons, et "Riddle", pour conclure, offrant un dialogue Rhodes-flûte sur fond de jazz légèrement groovy.
N'en déplaise aux dee-jays et autres collectionneurs tâtillons, un bon disque de library est d'abord conçu pour offrir une cohérence ou une variété de morceaux suffisantes pour les besoins de l'illustrateur. C'est le cas de Daydream, qui s'il arrive un peu tard dans la chronologie du genre (a priori paru en 1977, mais rien n'infirme que les enregistrements aient été plus anciens), n'en est pas moins une œuvre très consistante : le feeling des musiciens, qu'on devine talentueux, y est pour beaucoup. C'est cette impression que nous conservons après écoute : le souvenir tant d'une rythmique percutante et soudée que d'un lyrisme léger mais profond, pour ne pas dire deep, magnifiquement porté par les instruments à vent, flûte et soprano en tête.
Oui, par ses riches et joyeuses harmonies autant que par la diversité de ses thèmes, ce disque prouve s'il en était besoin que la musique est bien le langage de l'âme...

Place aux rêves !

Last but not least : très courageusement, le label Cometa propose des reproductions vinyl de certaines parutions ("Daydream" s'est d'ailleurs ajouté à la liste en 2016). Les rééditions de ce prestigieux catalogue sont accessibles en direct sur leur website officiel. Respect !

samedi 15 février 2014

Stuck in the middle


Nos cerveaux bouillonnent ! Du nouveau deep se profile. Patience...